La dérive du marché des prothèses auditives

La dérive du marché des prothèses auditives

Un récent rapport d’UFC Que Choisir a beaucoup retenu notre attention. Il présente le marché de l’audioprothèse comme un marché fermé et entièrement contrôlé par l’audioprothésiste et dans l’intérêt de…l’audioprothésiste. Seulement aujourd’hui, nous avons affaire à un véritable problème de santé publique. Les personnes pour qui il est nécessaire de s’équiper ne peuvent pas se le permettre.

Nous allons vous expliquer comment le contrôle de ce marché dissuade des personnes de s’appareiller. Aussi vous comprendrez mieux pourquoi le prix des prothèses auditives atteint de tel sommet alors que la demande n’a jamais été aussi forte.

Le prix exorbitants des aides auditives

Les audioprothèses ne sont accessibles en France que sur prescription d’un médecin ORL. Aussi, le seul réseau autorisé à vendre ces appareils auditifs est celui des audioprothésistes. Cela constitue une situation de monopole évident dont ces derniers savent très bien tirer parti au détriment du consommateur, ici un malade. Les prix pratiqués rendent parfois l’accès impossible au soin pour certaines personnes.

Aujourd’hui en France, seules 25% des personnes nécessitant un appareil auditif sont équipées. Bien que le marché de l’audioprothèse ait doublé au cours des 14 dernières années, le retard d’appareillage reste très important. Le frein majeur est d’ordre financier. En effet, le prix des prothèses auditives dissuade 2,1 millions de malentendants désireux de s’équiper. Soit un taux de renoncement de 58% induit par des raisons financières.

Il est important de rappeler que les audioprothésistes ne sont pas l’unique facteur limitant l’accès aux appareils auditifs. Le système de santé possède aussi une part de responsabilité. Tout d’abord, ce système accorde le monopole de la revente des appareils auditifs aux audioprothésistes sans encadrer ces derniers. Ensuite le remboursement des audioprothèses par la sécurité sociale et très faible, environ 120€. Les mutuelles santé ne remboursent guère plus. Nous aboutissons donc à une somme moyenne de 1100€ par oreille à la charge du consommateur. Notons que dans 80% des cas l’appareillage concerne les deux oreilles. Enfin, le prix des prothèses auditives est largement gonflé par les prestations auxquelles elles sont associées. Couvrant une durant d’environ 5 ans ces prestations sont payées à l’achat de l’appareil auditif, qu’elles soient consommées ou non par la suite. Cette situation rocambolesque a été dénoncée et interdite par la récente loi Macron de protections des consommateurs. Cependant l’application est encore difficile car elle nécessite une révision du processus de remboursement par l’assurance maladie.

Le marché monopolistique des appareils auditifs

Nous venons donc de voir que le prix des prothèses auditives aboutit au renoncement de 58% des malentendants désireux de s’équiper. Nous allons voir ici pourquoi la pratique de tels prix n’a rien d’un hasard et comment les intérêts des audioprothésistes sont privilégiés.

Marge brute des audioprothésistes

Les marges appliquées par les audioprothésistes sont très importantes. Le coefficient de marge brute, multipliant le prix d’achat pour obtenir le prix de vente, est de 2,8 pour le haut de gamme qui représente 30% du marché. Ce coefficient est de 3,8 pour la gamme supérieure qui représente 25% des ventes. Enfin, le coefficient s’envole à 4,8 pour l’entrée de gamme et la moyenne gamme qui représentent 45% du marché. Il est important de noter que ces chiffres sont minimisés. En effet, ils sont basés sur les achats des audioprothésistes indépendants. Les audioprothésistes sous enseigne achètent à des prix plus intéressant. Le coefficient de marge brute leur est donc encore plus favorable.

Répartition de la valeur ajoutée pour une prothèse auditive

La décomposition de la marge brute faite par audioprothèse est aussi très intéressante. Le service de vente et les prestations associées aux prothèses auditives représentent  47% de la marge brute. La marge nette par appareil est de l’ordre de 15 à 18 %. Ainsi, pour la vente et le suivi d’une audioprothèse, l’audioprothésiste recevra entre 62 et 65% de la marge brute. Le reste incombe au marketing et aux frais divers (équipement, locaux…).

Cette situation s’explique du fait que les audioprothésistes reçoivent des salaires élevés. Pour devenir audioprothésiste il est nécessaire faire trois ans d’études après le bac. Il en est de même pour devenir infirmier ou kinésithérapeute. En comparant les salaires il apparaît que les infirmiers et kinésithérapeutes débutants perçoivent respectivement 1500 à 1800€ et 1500 à 1700€. Un audioprothésiste débutant gagne un salaire allant de 4000 à 4500€.  Avec le temps les infirmiers et kinésithérapeutes vont percevoir respectivement 2000 à 5000€ et 2000 à 4200€. L’audioprothésiste lui atteindra les 6000 à 7000€.

La France connait une pénurie d’audioprothésistes. En 2014, elle comptait 3091 audioprothésistes alors qu’elle avait besoin d’environ 7150. Les audioprothésistes ont donc la capacité de faire monter les enchères face aux enseignes qui ont besoin de main d’œuvre qualifiée. Le nombre de jeunes diplômés dans le domaine est encore bien trop faible. Seules sept établissements sont autorisés à former et délivrer un diplôme d’audioprothésiste. Si l’augmentation du nombre de diplômés est urgente et évidente, cela ne l’est pas pour tous. En effet, les syndicats d’audioprothésistes freinent aujourd’hui ce processus afin de pérenniser leur rente confortable. D’après certains témoignages, les syndicats auraient obtenus du Collège National de l’Audioprothèse la limitation par quota du nombre d’étudiants, fixée à 200. L’argumentation d’une telle action porte sur la qualité de la formation.

Face à cela, le ministère de la santé semble inactif. La rente des audioprothésistes semble assurée au détriment des 2,1 millions de français malentendant qui s’enlisent dans l’isolement faute de moyens suffisant.

Conclusion

Le prix des appareils auditifs est aujourd’hui directement lié au salaire de ceux qui les distribuent. Ces derniers, en situation de monopole, n’ont jusqu’ici jamais été inquiété. Une telle conjoncture semble déjà irréelle avec des objets de consommation courants. Lorsqu’il s’agit de dispositifs médicaux cela prend une tout autre tournure. Il faut alors penser qu’en France, en 2015, 2,1 millions de malentendants attendent des solutions pour se traiter.
Si vous souhaitez approfondir sur le sujet, nous vous invitons à consulter le dossier d’UFC Que Choisir en cliquant sur le lien suivant: UFC Que Choisir – Audioprothèses: Un marché verrouillé au détriment des malentendants.

2 Commentaires

  1. Quel article intéressant ! c’est vraiment un scandale ! je vous souhaite bcp de succès !

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  2. J’ai acheté en 2/2016 une paire de prothèses chez Amplifon Wagram Paris. Il m’a été vendu des prothèses d’entrée de gamme avec 2 réglages sur 4 effectués alors que j’ai payés 3.400 € . Après un courrier à la Direction et surtout tél au standard, ai obtenu changement de prothésiste qui m’a dit que je ne pouvais pas entendre dans restaurant avec la prothèse. En effet, mais je pensais que c’était normal… De même que je n’entends pas dans les labos ou entrées de cliniques ou hôpitaux où il faut prendre des rdv ou payer – ce qui est tout de même une vie normale. La semaine dernière ai eu proposition de la Direction Amplifon de régler les 4 canaux au lieu de 2 – J’ai répondu que je voulais les prothèses de qualité supérieure Beltone conformes au prix que j’avais payé… Je n’ai jamais pu faire de choix avec un vendeur ne sachant pas communiquer. S’il le aut, j’irai au tribunal car je n’ai fait aucun choix.

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